Question suivante

23 avril 2008

Dans sa mouture actuelle, le dernier article d’un numéro de Première est toujours une interview un peu décalée/second-degré, ambiance soyons-futile-ah-ah-la-vie-est-une-grande-farce. On pourrait penser que des questions sur des points de détails m’intéresseraient, mais non. Je déteste ça. Encore plus depuis le numéro d’avril.

Wes Anderson est le cobaye du mois. Stéphanie Lamome peut être fière de son travail, elle a préparé pleins de questions :

  • Partageriez-vous votre lit plutôt avec Owen Wilson ou avec Luke Wilson ?
  • Vous a-t-on déjà pris pour quelqu’un d’autre ?
  • Préféreriez-vous faire partie de la famille de Paul Thomas Anderson, de Bibi Andersson, de Roy Andersson ou de Pamela Anderson ?
  • Votre plat préféré ?

Bien élevé, Wes Anderson essaye de donner des réponses à la hauteur des questions, pour ne pas froisser son hôte. Mais soudain il dérape. À la question « Vos films cultes français ?« , il commence par citer quelques films de Truffaut, Godard, Carax et Renoir, puis il ajoute « J’aime bien aussi le cinéma d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, mais j’ai l’impression que les Américains en ont une toute autre interprétation que les Français.« 

Et là, la suite est épatante. Parce que, de suite, il n’y en aura pas. Quelle interprétation les Américains ont des films de Bacri et Jaoui ? Comme nous, Stéphanie Lamome aimerait le savoir, mais la question suivante (« Votre mot français préféré ?« ) lui brûle les lèvres, il faut passer à la suite, elle enchaine. Sans rebondir sur la réponse qui appelait évidemment une relance, une demande de précisions.

C’est fou comme ce détail m’agace.

[…]

Allez, ne terminons pas ce billet sur une note négative, profitons-en pour rebondir sur une expérience personnelle.

Quand j’ai commencé à faire des interviews, j’avais tendance à énormément les préparer avant. Ce qui faisait que j’étais moi aussi très concentré sur mes questions et pas assez sur les réponses qu’on y faisait. Jusqu’au jour où j’ai découvert un phénomène étonnant, que j’appelle dans ma tête « la seconde de trop ».

Mettons-nous en situation :

  1. Je pose une question.
  2. La personne répond.
  3. À la fin de la réponse, je rebondis sur la réponse, ou j’enchaine sur une autre question.

En se focalisant sur l’enchainement des phases 1 et 2, et des phases 2 et 3, on remarquera que s’il y a parfois un silence entre la question de l’intervieweur et la réponse de l’interviewé (le temps de réfléchir à la réponse donnée), l’inverse est rarement vrai. Dès que l’interviewé a fini de répondre, voire avant, l’intervieweur reprend la parole.

Rien que de très normal. Sauf qu’il y a ici un passage secret, qui permet d’accéder à des réponses inédites ! Comment ? En attendant une seconde de trop. C’est-à-dire en laissant volontairement un silence après la réponse, et au moment où ce silence devient gênant, se forcer à attendre une seconde de plus. Et de temps en temps – à votre grande surprise – l’interviewé va reprendre la parole, très souvent en prolongeant la réponse qu’il avait interrompue quelques secondes plus tôt. Et ce qu’il va raconter à ce moment-là, il est très probable qu’aucune question n’aurait permis d’y accéder.

Quand j’ai raconté cette découverte à Yacine_, il m’a dit que c’était un procédé malhonnête. Portant en estime son avis, je ne l’ai jamais réutilisé. À tort ?

Écrit par Rémi


Le jour où je suis devenu fan d’EMPIRE

15 février 2008

empire-feb2008.jpg

La première fois que j’ai acheté EMPIRE, magazine cinéma britannique, c’était à l’occasion des 25 ans de la Trilogie Indiana Jones. Le mensuel s’était paré de trois couvertures différentes, à l’image de chaque épisode de la série. J’avais acheté – pour 8 € ! – celle sur le Temple Maudit. Déjà à ce moment-là, les journalistes d’EMPIRE avaient eu toute ma sympathie, et je sais depuis qu’ils sont foncièrement des mecs biens : à intervalle régulier (presque un mois sur deux), ils trouvent l’anniversaire d’un gros classique à fêter, et se fendent d’un énorme dossier hyper-consistant, avec photos inédites, témoignages exclusifs et packaging alléchant. Une vraie démarche de fan, à la limite du fétichisme (juillet 2007 : « Star Wars, 30 years, 30 covers« ), doublée d’une rigueur et d’une audace éditoriale tout à fait remarquable. Pendant ce temps, en France, PREMIERE – le magazine de mon coeur – s’enlise dans les sables avec des changements de maquettes schizophrènes et des plus-produits douteux (sérieusement, qui achèterait PREMIERE pour une casquette Von Dutch vert fluo ?).J’étais client d’EMPIRE depuis quelques mois, mais je suis devenu fan lors du numéro de février 2008. Pourtant, la couverture était moche : un montage maladroit des grosses sorties de l’année, où Indiana Jones, Batman, Rambo, Wall-E et Harry Potter cohabitaient difficilement au milieu d’une fumée multicolores bizarre.

A l’intérieur, il m’a suffi d’un seul paragraphe du magazine pour décréter que, dorénavant, je lirais religieusement EMPIRE tous les mois. Ca se passe dans la première colonne de leur article sur le prochain épisode… d’Indiana Jones. Le deuxième paragraphe, plus exactement, juste après le témoignage du comédien Ray Winston, encore tout étonné d’avoir participé au quatrième épisode de la cultissime franchise :

« If you don’t share Winstone’s excitement about Indiana Jones and the Kingdom Of The Crystall Skull, then just peruse the images over the following four pages. If the sight of Harrison Ford in leather jacket, khaki kecks and battered fedora looking at some new danger doesn’t fill your heart with joy, then you are officially banned from buying this magazine. Put it down. Leave now. We don’t want you here. Fuck off to Home & Gardens. »

Yesssss !

Dans la foulée, j’ai allumé un cierge pour l’auteur de l’article. Ce mélange d’enthousiasme et de culot – surtout à une époque où la presse écrite se casse la gueule – m’a définitivement conquis. Je met au défi les journalistes de PREMIERE d’en faire autant dans un prochain numéro (I see you Mathieu Carratier). Ce serait un peu plus drôle que d’apprendre que le mensuel va « vibrer plus glam » en 2008, comme le dit avec désespoir la rédac’ chef dans son dernier éditorial. Quitte à voir le magazine mourir, autant le tuer avec panache.