Mémoire à très court terme

27 avril 2008

Comme ne le dit pas le proverbe : « On voit le poisson rouge qui sommeille dans la mémoire du voisin, mais pas le piranha qui dévore tout dans le sien« .

L’autre jour, je me moquais gentiment des problèmes de mémoire de mon ancien patron. Mais j’aurais dû commencer par m’occuper des miens.

J’ai beau avoir une excellente mémoire pour certaines choses, je découvre depuis quelques temps que j’ai la pire mémoire à très court terme qui puisse exister. Ma grand-mère ayant été atteinte de la maladie d’Alzheimer, je sais à quoi ressemblent les symptômes d’une perte de mémoire à court terme. Je me souviens par exemple de l’époque où, malins comme des gredins, mes cousins en profitaient : lorsqu’ils avaient fait une bêtise et que notre grand-mère les cherchait pour les punir, ils partaient dans le jardin, couraient autour de la maison, et revenaient vers elle, qui avait déjà oublié après qui elle était en colère.

Ce n’est donc pas ce genre de mémoire-là qui me fait défaut. C’est bien plus ridicule que ça.

Exemple 1 : Un ami doit venir chez moi. Il m’appelle pour avoir l’adresse. Comme je suis prévoyant, j’ai un SMS pré-enregistré avec toutes mes coordonnées ; je propose de lui envoyer. Je raccroche. J’oublie d’envoyer le SMS. Heureusement, l’ami finit par rappeler, en se moquant gentiment de moi, et, la plupart du temps (!), je n’oublie pas deux fois de suite.

Exemple 2 : En ce moment, je cherche à changer de boulot. [Aparté : Ce n’est pas une mise en situation. Je cherche vraiment du boulot. Si vous avez des infos sur un poste de chef de projet web, dans une agence ou une entreprise implantée sur internet, faites-moi signe.] Lorsqu’il m’arrive de tomber sur des annonces depuis mon poste de travail actuel, je les envoie depuis mon adresse email professionnelle vers mon adresse personnelle. À chaque fois, je vais vérifier que le message est bien arrivé dans ma boîte personnelle. Je me connecte, j’arrive sur ma boite de réception, je vois que j’ai un nouveau message, et, tout joyeux, je me dis, à chaque fois : « Tiens, j’ai un nouveau message ». Puis je découvre que c’est le message que je viens de m’envoyer, trois secondes auparavant.

Rassurez-moi : ça arrive à d’autres personnes ce genre de trucs ?

Écrit par Rémi

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A life of details

9 avril 2008

Clint Eastwood, « The bridges of Madison County », 1995

We are the choices that we have made, Robert. You don’t understand… Oh, don’t you see ? Nobody understands : when a woman makes the choice to marry and have children, in one way, her life begins, but in another way, it stops. You build a life of details, you become a mother, a wife and you stop and stay steady so that your children can move. And when they leave, they take your life of details with them. And then you’re expected to move again, only you don’t remember what moves you because no-one has asked in so long. Not even yourself.

Écrit par Rémi


C’est impossible

12 mars 2008

Il y a une semaine, j’avais mon oncle au téléphone. En fin de conversation, il me propose de venir un soir manger chez lui et ma tante. Débordé, je lui répond que c’est compliqué en ce moment, mais qu’on se fera ça avec plaisir un peu plus tard.

Finalement, je suis allé chez mon oncle, ce soir. Pour le voir une dernière fois.

Tout à l’heure, quand on m’a appelé pour m’annoncer qu’il était décédé, ma première réaction a été : « C’est impossible, on doit dîner ensemble, bientôt. »

S’accrocher à un détail pour ne pas affronter l’absurde…

Ecrit par Rémi


Vite, venez voir la crue

6 mars 2008

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J’ai un souvenir de vacances que je rattache à ce blog sans trop savoir pourquoi.

J’étais en vacances avec ma famille, mes parents avaient loué une petite maison perdue au milieu de nulle part. Ma mère était entrain de finir de préparer à manger. La table était peut-être déjà mise.

Soudainement, mon père débarque dans la maison et nous dit : « Vite, venez voir la crue. Ils ont ouvert les barrages, la rivière est super violente, il faut que vous voyez ça ! » Ma mère : « Ça ne peut pas attendre qu’on ait mangé ? ». Mon père : « Non, ça ne va pas durer très longtemps. On fait juste l’aller-retour quelques minutes. » Ma mère : « D’accord, je laisse le plat dans le four, on sera revenus à temps ». Et nous sommes partis.

Et juste en claquant la porte, une pensée m’a traversé l’esprit…

Imaginons que nous ayons une accident de voiture et que nous mourrions tous. Les policiers chargés de l’enquête vont être face à une situation des plus étranges : sans raison apparente, une famille s’enfuit de son lieu de vacances à la hâte, au point de laisser un plat dans un four allumé.

Sur le coup, j’ai crois que j’ai raconté à ma famille cette hypothèse, en insistant sur ce détail, sur cette histoire de four. Je crois aussi me souvenir qu’on m’a répondu que je faisais attention à des détails à la con.

Ecrit par Rémi


Léa : l’énigme de Louise Attaque résolue ?

5 mars 2008

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J’ai toujours beaucoup aimé le prénom Léa. J’aimerais beaucoup que la fille que j’aurais un jour porte ce prénom – j’ai envie de croire que cette idée remonte à plus loin que ma découverte de la chanson du même nom de Louise Attaque, mais j’ai un doute.

[…]

La première fois que j’ai entendu parler de Louise Attaque, c’est par mon frère. Bien avant que la déferlante ‘J’t’emmène au vent’ n’emporte la France, il m’a fait écouter ‘Léa’.

Léa
Elle est pas terroriste, elle est pas anti-terroriste,
Elle est pas intégriste, elle est pas seule sur terre,
Elle est pas commode, non elle est pas comme Aude,
Elle est pas froide, elle est pas chaude pour une nuit,
Réaliste,
Elle est pas créditeur, elle est pas méchante,
Mais putain qu’est-ce qu’elle est chiante.

Léa
Elle est pas intérimaire, elle est pas comme ma mère,
Elle est passagère, elle est pacifiste,
Elle est pas d’accord, elle est passionnée,
Elle est pas fut’-fut’, oh elle est pathétique,
Elle aime pas tous mes tics, elle est pas solitaire,
Elle est pas solidaire, elle est paresseuse,
Elle est pas réciproque, elle est pas en cloque,
Elle est pas d’la région PACA, elle a qu’à s’envoler.

Léa,
Elle est parisienne, elle est pas présentable,
Elle est pas jolie, elle est pas moche non plus,
Elle est pas à gauche, elle est pas à droite,
Elle est pas maladroite.

Léa
Elle est pas terroriste, elle est pas anti-terroriste,
Elle est pas jolie, elle est pas moche non plus,
Elle est pas toujours drôle, elle est pas libre,
Elle est pas tentée, elle est paternaliste,
Elle est pas inspirée, elle est patiente,
Elle est pasticheuse, elle est pas cible,
Elle fait pas la politique.

Léa,
Elle est parisienne, elle est pas présentable,
Elle est pas jolie, elle est pas moche non plus,
Elle est pas à gauche, elle est pas à droite,
Elle est pas maladroite.

Elle a pas volé les passing-shots, elle est passe-temps,
Elle est passable, elle est pas stable,
Elle est pas partout, elle dit qu’elle partira,
Oh elle est même pas venue,
Elle est partisane, elle est pas pas pas sortable,
Et ça j’vous l’ai pas pas déjà dit,
Qu’elle est parisienne – quelle parisienne –
Elle est pas terroriste, elle est pas terroriste.

Léa,
Elle est parisienne, elle est pas présentable,
Elle est pas jolie, elle est pas moche non plus,
Elle est pas à gauche, elle est pas à droite,
Elle est pas maladroite.

Je suis immédiatement tombé sous le charme de Louise Attaque, au point d’être, aujourd’hui encore, intrigué par des détails qui n’intéressent personne – sauf les lecteurs de ce blog, qui sont prévenus.

Et donc au départ, il y a ‘Léa’. Bon. Mais Léa, c’est qui ? Je me disais vaguement que c’était une fille que Gaëtan Roussel, auteur-interprète de Louise Attaque, avait croisé dans sa vie. Mais je ne m’étais jamais vraiment posé la question.

Hier, j’ai découvert que des personnes se posaient la question… et qu’une d’entre elles avait trouvé une réponse. Une réponse un peu simple, un peu bête et un peu absurde. Une réponse trop séduisante pour être vraie.

Léa, ce serait Louise Attaque – enfin, ses initiales.

Louise Attaque.

L et A.

Léa.

[…]

Si vous avez la preuve que cette hypothèse n’a aucun sens, merci de ne pas m’en faire part.

Ecrit par Rémi


Une musique qui paraît irréelle

7 décembre 2007

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Il y a 10 ans, mon frère m’accueillait dans son appartement pour un soir. Il partageait cet appartement avec un ami, et à cet époque-là, tous deux s’étaient épris d’un nouveau morceau d’IAM. IAM ? Je ne savais pas qui c’était – je vivais à l’étranger au moment de la déferlante « Je danse le mia ».

Sans perdre une seconde, mon frère et son colocataire décident de me faire découvrir ce morceau. A cet instant précis, je ne sais pas que les prochaines minutes vont considérablement influencer mes dix prochaines années. Le morceau commence par une voix étrange. Une musique entraînante commence en fond, puis des bruits étranges viennent se superposer à une autre voix qui semble tourner en rond – comme un disque rayé – tandis que je vois mon frère, le sourire aux lèvres, gesticuler dans l’appartement.

La suite serait trop longue à raconter. Passion dévorante pour le rap, argent de poche exclusivement fléché là-dessus, collection de disques envahissante, écriture d’articles, rencontres d’artistes, volonté de s’impliquer dans des projets…

(…)

Hier soir, 22h30.

La musique s’est tue, les lumières sont éteintes, la foule crie, chante, siffle, hurle. Et IAM revient sur la scène de l’Olympia, pour le rappel. Ce concert, c’est un cadeau d’anniversaire surprise de mon frère. Mon frère me regarde, me demande quels titres ils n’ont pas encore joué. Avant que j’aie le temps de répondre, une voix démarre. Une voix ? La voix. Je n’ai plus de jambes, plus de cou, plus de gorge, mais rien n’y fait, me voilà à sauter sur place, à hocher la tête et à scander le texte.

Il y a dix ans, juste avant d’écouter ce morceau pour la première fois, je ne savais pas ce qu’il allait engendrer. Je savais encore moins que tant d’années après, je repenserais à ce moment avec tendresse. Peut-être que si je n’avais pas découvert le rap ce jour-là, il me serait tombé dessus par la suite. Probablement même. Mais il se trouve que ça s’est fait ce jour-là. Et que ce détail – cette voix – a été le déclencheur.


Les cartes d’anniversaire de ma grand-mère

28 novembre 2007

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Hier, c’était mon anniversaire.

Chaque année, le jour de mon anniversaire, quelques personnes m’appellent, d’autres m’envoient un email. Je n’accorde pas une grande importance à cet évènement, que j’oublie parfois. Je n’attends rien de spécial le jour de mon anniversaire.

Sauf la carte d’anniversaire de ma grand-mère.

C’est une carte d’anniversaire classique, comme on en trouve partout. Illustration sobre mais joyeuse. Dedans, un mot écrit à droite. Toujours très bien écrit. Ce qu’elle dit est attendu, et pourtant toujours touchant.

Mais tout cela ne serait rien sans un détail majeur. Chaque année, je reçois cette carte le jour exact de mon anniversaire ! Et ce depuis que je sais ce qu’est une carte d’anniversaire. Même à l’époque où j’habitais en Italie, pays au service de poste déplorable, la carte arrivait pile le bon jour. Quand j’étais petit, ça me semblait normal. A l’adolescence, je soupçonnais ma grand-mère de soudoyer mes parents pour qu’ils fassent semblant de la recevoir le jour J. Aujourd’hui, plus d’intermédiaire. Je me demande comment elle fait.

Comme chaque année, je l’ai appelé après avoir lu sa carte. Je l’ai félicité pour sa ponctualité. Elle m’a expliqué que c’était le hasard, qu’elle voulait l’envoyer plus tôt mais n’avais pas pu, et qu’elle étais très étonnée qu’elle soit arrivée à temps. Comme chaque année.