L’armée des Maures ?

16 juin 2008

Le film « L’Armée des morts » (« Dawn of the Dead », en VO), réalisé par Zack Snyder, est un remake de « Zombie » de George A Romero, chef d’oeuvre du cinéma d’épouvante. Film de zombies classique avec hémoglobine à gogo, actes d’héroïsme et grandes lâchetés, frissons et sursauts, « L’armée des morts » comporte un passage qui m’a fait particulièrement froid dans le dos. Pas une attaque de mort-vivant au détour d’un escalier ou une fausse alerte dans l’obscurité, mais une image presque subliminale placée en ouverture du générique.

Celui-ci présente une succession d’images de chaos et d’extraits de (faux) journaux télévisés entrecoupés des habituels crédits, sur fond de Johnny Cash. L’une de ces premières images montre une scène de prière musulmane. Que vient-elle faire là ? Qu’a voulu signifier Zack Snyder via cette insertion ? Assimiler l’ensemble des musulmans à une menace terroriste semblable à celle des zombies ? Difficile à décrypter. Mais la suite, qui parle de virus se propageant à l’échelle de la planète sans qu’on sache comment l’enrayer, est loin de dissiper le malaise.

Ecrit par Julien


Se raccrocher à la buée

13 mai 2008

« It’s all about love » de Thomas Vinterberg et « Retour à Cold Mountain » d’Anthony Minghella sont deux films sortis en 2003 sur les écrans français.

Leur point commun ?

Un final sous la neige… mais aucune buée qui ne s’échappe de la bouche des protagonistes.

Le genre de détail qui peut flinguer un film.

Apte à ruiner tout le patient travail de vraisemblance réalisé en amont.

Ou à vous faire préférer la franchise du théâtre.


Écrit par Anthokadi


Details matter adapté en film

25 avril 2008

À quoi ressemblerait l’équivalent de ce blog adapté au cinéma ?

Si je me fie au le résumé d’Allociné, ça devrait ressembler à ça :

Tenter l’expérience d’un film composé comme un recueil de nouvelles. Le film serait une série de séquences aux personnages et situations différents, dont le point commun est de décrire le moment apparemment anodin d’un instant révélateur, qui tout à coup fait saillie.

Quelqu’un a-t-il vu ce film ? Ca m’intrigue beaucoup…

Écrit par Rémi


Question suivante

23 avril 2008

Dans sa mouture actuelle, le dernier article d’un numéro de Première est toujours une interview un peu décalée/second-degré, ambiance soyons-futile-ah-ah-la-vie-est-une-grande-farce. On pourrait penser que des questions sur des points de détails m’intéresseraient, mais non. Je déteste ça. Encore plus depuis le numéro d’avril.

Wes Anderson est le cobaye du mois. Stéphanie Lamome peut être fière de son travail, elle a préparé pleins de questions :

  • Partageriez-vous votre lit plutôt avec Owen Wilson ou avec Luke Wilson ?
  • Vous a-t-on déjà pris pour quelqu’un d’autre ?
  • Préféreriez-vous faire partie de la famille de Paul Thomas Anderson, de Bibi Andersson, de Roy Andersson ou de Pamela Anderson ?
  • Votre plat préféré ?

Bien élevé, Wes Anderson essaye de donner des réponses à la hauteur des questions, pour ne pas froisser son hôte. Mais soudain il dérape. À la question « Vos films cultes français ?« , il commence par citer quelques films de Truffaut, Godard, Carax et Renoir, puis il ajoute « J’aime bien aussi le cinéma d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, mais j’ai l’impression que les Américains en ont une toute autre interprétation que les Français.« 

Et là, la suite est épatante. Parce que, de suite, il n’y en aura pas. Quelle interprétation les Américains ont des films de Bacri et Jaoui ? Comme nous, Stéphanie Lamome aimerait le savoir, mais la question suivante (« Votre mot français préféré ?« ) lui brûle les lèvres, il faut passer à la suite, elle enchaine. Sans rebondir sur la réponse qui appelait évidemment une relance, une demande de précisions.

C’est fou comme ce détail m’agace.

[…]

Allez, ne terminons pas ce billet sur une note négative, profitons-en pour rebondir sur une expérience personnelle.

Quand j’ai commencé à faire des interviews, j’avais tendance à énormément les préparer avant. Ce qui faisait que j’étais moi aussi très concentré sur mes questions et pas assez sur les réponses qu’on y faisait. Jusqu’au jour où j’ai découvert un phénomène étonnant, que j’appelle dans ma tête « la seconde de trop ».

Mettons-nous en situation :

  1. Je pose une question.
  2. La personne répond.
  3. À la fin de la réponse, je rebondis sur la réponse, ou j’enchaine sur une autre question.

En se focalisant sur l’enchainement des phases 1 et 2, et des phases 2 et 3, on remarquera que s’il y a parfois un silence entre la question de l’intervieweur et la réponse de l’interviewé (le temps de réfléchir à la réponse donnée), l’inverse est rarement vrai. Dès que l’interviewé a fini de répondre, voire avant, l’intervieweur reprend la parole.

Rien que de très normal. Sauf qu’il y a ici un passage secret, qui permet d’accéder à des réponses inédites ! Comment ? En attendant une seconde de trop. C’est-à-dire en laissant volontairement un silence après la réponse, et au moment où ce silence devient gênant, se forcer à attendre une seconde de plus. Et de temps en temps – à votre grande surprise – l’interviewé va reprendre la parole, très souvent en prolongeant la réponse qu’il avait interrompue quelques secondes plus tôt. Et ce qu’il va raconter à ce moment-là, il est très probable qu’aucune question n’aurait permis d’y accéder.

Quand j’ai raconté cette découverte à Yacine_, il m’a dit que c’était un procédé malhonnête. Portant en estime son avis, je ne l’ai jamais réutilisé. À tort ?

Écrit par Rémi


A life of details

9 avril 2008

Clint Eastwood, « The bridges of Madison County », 1995

We are the choices that we have made, Robert. You don’t understand… Oh, don’t you see ? Nobody understands : when a woman makes the choice to marry and have children, in one way, her life begins, but in another way, it stops. You build a life of details, you become a mother, a wife and you stop and stay steady so that your children can move. And when they leave, they take your life of details with them. And then you’re expected to move again, only you don’t remember what moves you because no-one has asked in so long. Not even yourself.

Écrit par Rémi


Les poissons rouges dans « Total recall »

31 mars 2008

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Réalisé par Paul Verhoeven, le film « Total recall » creuse les thèmes de perte d’identité et de fabrication de souvenirs.

Au trois-quarts du film, Vilos Cohaagen, l’impitoyable administrateur de Mars, brise son aquarium. Les poissons finissent sur le sol, agonisant au milieu des débris de verre. Au delà de la symbolique de cette scène, dont on verra l’écho quelques minutes plus tard avec des humains à la place des poissons, est-ce une coïncidence qu’ils s’agissent de poissons rouges ?

Dans la culture française, on assimile le poisson rouge à la mémoire courte. Est-ce ausi le cas dans la culture anglo-saxone – voire néerlandaise, Verhoeven étant originaire des Pays-Bas ?

Ecrit par Rémi


Pour quelques détails de plus

16 mars 2008

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Les détails importent, surtout quand le temps compte. Car le temps c’est de l’argent et quelques dollars de plus peuvent faire toute la différence. Le Colonel Mortimer et Bounty Killer -chasseurs de primes de leur état- le savent : l’un est patient, l’autre compte jusqu’au moindre centime. Retour sur « Pour quelques dollars de plus », un film dont l’acteur principal est un accessoire : une montre gousset dont s’échappe une mélodie lancinante.

Cette montre, c’est celle d’El Indio, le genre de type en plein délire rigolard devant la violence et qui a souvent des comptes à régler. Alors, à chacun de ses duels, il déclenche en guise de compte à rebours la musique ensorcelante de sa tocante. « Quand ce sera la fin de la musique, tu tireras« . Dans les faits, tu meurs.

Cette ritournelle, c’est aussi celle qui se met en marche quand il a des comptes à régler avec lui-même. Chaque soir avant de s’endormir, elle envahit sa tête obnubilée par un souvenir : celui du jour où il s’est approprié cette montre. Il l’a obtenue en tuant celui à qui il était préféré par la jeune fille dont il s’était épris. Dénouement de son premier meurtre comme de sa première passion ? Le suicide de sa dulcinée pendant qu’il lui délivrait quelques coups de boutoir. De l’amour comme de la mort, il ne lui reste que cette horloge de poche, cadeau volé de l’alliance qui unissait les deux amoureux. Chacun en possédait une. Qu’est devenu l’autre exemplaire ? L’histoire ne semble guère s’en soucier, tout comme le spectateur pour qui ce n’est qu’un détail.

Et il a bien tort, car si la cruauté musicale d’El Indio éblouit l’écran, les détails comptent dans les films de Sergio Leone. Le réalisateur les utilise méticuleusement pour théâtraliser sa mise en scène. Le maître du western spaghetti affectionne autant les gros plans que les panoramas. Le vide, le plein, de près, de loin, mais toujours avec la précision de la petite particularité. Le but ? Utiliser ces petits riens pour forger le caractère d’une civilisation ou chacun ne fait que passer… ou trépasser. Finalement, il ne reste que les héros, de la trempe de ceux qui ne meurent jamais.

Subsistent donc les deux chasseurs de primes, concurrents du même calibre qui devant l’incapacité de se neutraliser scellent une association contre-nature pour récupérer la prime de dix mille de dollars qui pèse sur la tête d’El Indio. Ils remettront les pendules à l’heure lors d’une scène de fin hantée par le détail du film : cette montre gousset et sa petite musique, dont le second exemplaire appartient en fait à Mortimer et semble surgir de nulle part. Ou presque.

Car il ne fallait pourtant pas attendre les dernières minutes du film -peut-être le plus beau final de l’histoire de ce vieux centenaire que l’on appelle cinéma- pour le savoir. Cette montre, le Colonel la tient en main après une heure de narration en prononçant cette phrase d’abord mystique, puis malicieuse une fois le film terminé : « j’estime que les questions ne sont jamais indiscrètes, mais les réponses bien souvent« . Leone ou l’art de suggérer en pointant du doigt. L’évocation semble anodine, malgré l’enchaînement sur les divagations d’El Indio. Elle ne prendra son sens que dans le dernier duel de l’œuvre, révélant qu’une simple histoire de chasseur de prime est en fait celle d’un frère voulant venger une sœur qui a préféré mourir que vivre souillée au pied du cadavre de son homme.

La montre de « Pour quelques dollars de plus » est le symbole d’un cinéma où chaque détail compte au point de résonner en monnaie sonnante et trébuchante. « Là où la vie n’a pas de valeur mais où la mort a parfois un prix », ils ne pouvaient avoir que toute leur importance.

Ecrit par zo. (http://zoctet.wordpress.com)