Se raccrocher à la buée

13 mai 2008

« It’s all about love » de Thomas Vinterberg et « Retour à Cold Mountain » d’Anthony Minghella sont deux films sortis en 2003 sur les écrans français.

Leur point commun ?

Un final sous la neige… mais aucune buée qui ne s’échappe de la bouche des protagonistes.

Le genre de détail qui peut flinguer un film.

Apte à ruiner tout le patient travail de vraisemblance réalisé en amont.

Ou à vous faire préférer la franchise du théâtre.


Écrit par Anthokadi

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Pour un chapeau

26 avril 2008

Après quelques mois d’absence, je suis de retour sur une communauté en ligne, un site de rencontres qui ne veut pas se nommer ainsi… par respect pour la pudeur des gens, il est décrit comme un site d’échanges et de partage ; par respect pour la pudeur des gens, je tairai son nom.

Au milieu de ce fourmillement, je souhaite satisfaire ma curiosité voyeuse des autres, et déterrer quelques individualités dignes d’être découvertes.

Un amour, une première séance photos en tant que modèle, une soirée terminée dans un véhicule du Samu, une expérience de bodypainting, un lever de soleil à la Croix des Rochers, un appartement très seventies… condensé hétéroclite de ces précédentes rencontres. Pourquoi eux et pas d’autres ? Un détail certainement qui m’a interpellé à l’époque.

Au milieu de ce fourmillement, il faut faire des choix. Un jugement souvent superficiel qu’il faut assumer pour ne pas se laisser submerger.

S. est venu me saluer, un amateur de poésie certes mais son chapeau sur la photo lui sied tellement bien ! Je réponds. Vingt-quatre heures plus tard, il reçoit mon recueil de poèmes afin d’obtenir un regard critique et extérieur. Un geste intime et de confiance. Pour un chapeau, un simple détail ?

En vue d’un rendez-vous réel, je lui demande de mettre son fameux couvre-chef pour faciliter la reconnaissance. Que nenni, il n’aime pas ces accessoires. Un soirée « chapeau » londonienne, voilà tout.

Tant pis ou tant mieux, je le rencontre demain. J’aurais alors oublié ce détail et m’attarderais sur le reste.

Écrit par Eliette


Un infime et souriant détail

24 avril 2008

Je suis étrange, peu normal, fou, maniaco-dépressif… enfin bref, ce que vous voulez.

Je m’explique.

La 1ere fois que j’ai franchi la porte de « Details matter », je fus intrigué par une de ces petites choses avec lequel ce blog, justement, fait sa ligne éditoriale. Mais étrangement, pas dans un des articles. Non. Dans la charte graphique du blog…

Je suis à peu près sûr que tout le monde l’a déjà remarqué. Non ? Mais si, faites défiler la page jusqu’en bas et vous l’apercevrez, tout fier de lui et souriant

C’est tout bête, mais je me sens obligé, à chaque passage ici, de le regarder, sourire aux lèvres… Oui, je sens en « lui » une joie d’être un petit smiley si discret, tout simplement.

Par contre, quelle ne fut pas ma déception après un amer (!!) constat : n’est pas un détail propre à « Details matter » mais visible dans les blogs « WordPress » à fond gris.

Pas grave, je continuerais à lui jeter, en toute discrétion, un regard amusé.

Je l’ai dit dans ma première phrase, mais j’essaye de me soigner

Écrit par Rg Prod (http://www.amadroguedouce.blogspot.com/)


Ponctualité & paramnésie

22 avril 2008

Réglé comme une horloge. Tous les matins, les mêmes gestes (non, je ne bois pas de Volvic), le départ vers le taff à la même heure à quelques minutes près. Le premier temps référence est celui indiqué par l’horloge de la mairie. Systématiquement, entre 07h06 et 07h11. Ni plus, ni moins.

J’emprunte les mêmes chemins, ne change jamais de trottoir lorsque ça n’est pas nécessaire. Tout est balisé, le summum de la routine, le sommet de l’efficacité. Le circuit parfait pour arriver à l’heure à la gare, étudié et approuvé pour éviter l’obstacle, souvent parent du retard. Un détail est pourtant venu bouleverser ce petit monde d’habitudes. Si de mon point de vue, mon petit monde est aussi bien organisé, j’oublie aussi d’envisager qu’il doit en être de même pour mes semblables qui me précèdent, me suivent, me croisent sur cet axe piéton. Se croiser, justement. Un mercredi comme un autre, je croise comme quasi-systématiquement le matin, les mêmes personnes ; Dans le désordre, souvent. Ce jour-là, je croisais donc celui par qui est né le « trouble ».

Au moment de le croiser, sur le même trottoir, je lui cédais la priorité à cause de l’un de ces pylônes EDF qui jalonne la longue ligne droite du trottoir. Un quart de seconde d’attente pour le laisser passer et éviter soit un choc, soit que l’un de nous ne descende sur la chaussée. Le type passe, fais un signe de tête et chuchote un « merci ». Un quart de seconde plus tard, je ravale l’asphalte, histoire de respecter mon second temps de passage, à l’horloge de la Poste… Entre 07h15 et 07h18, ni plus ni moins.

Jusqu’ici tout va bien mais si l’on ne parle jamais des trains qui partent et arrivent à l’heure, ceux qui défient Chronos sont l’objet de railleries, insultes et autres bloggeries… Ma présence dans cette détaillère (nom féminin – « Véhicule pour transporter le détail, généralement vers l’abattoir.») n’est due qu’au dialogue que ma courtoisie a entamé avec un second round dès le lendemain, sur les sentiers de la gare. Même motif, même punition, mon départ matinal a lieu à l’heure H, passage devant la mairie et son cadran, une centaine de mètres parcourue et je recroise au même endroit, à la seconde près, au mètre près, le type de la veille. Rebelote, sans réfléchir, je le relaisse passer (éducation de merde, tiens). Et là, sensation de déjà-vu gigantesque, la plus puissante que j’ai pu ressentir jusqu’ici. Pour tenter de décrire cette sensation, cela reviendrait à imaginer que l’on vacille entre le rêve et l’irréel. Rêver que l’on dort, ou rêver que l’on rêve que l’on dort. Comme si l’on se trouvait bloqué dans le goulot d’étranglement d’un sablier. Ai-je vraiment déjà vécu ce moment ? Est-ce une illusion ? Un flottement qui dure le temps d’une vie. Le type en face de moi a ressenti la même chose, au même moment. Le face à face s’est soldé par deux éclats de rire devant le burlesque de la scène, et un « merci » que j’avais déjà attendu 24 heures auparavant. A la seconde près. A un rire près.

[Quelques jours plus tard] En rentrant du taff et en parcourant ce fameux trajet à l’envers, je soumets mes poches de manteau à une fouille de rigueur. Je passe par le menu le fouillis général et fais un rapide tri. Une facturette de supermarché, froissée, est déjà promise au rebut. J’en découvre une seconde, l’examine rapidement. J’avais acheté la même chose, les deux mêmes articles, à un mois près, jour pour jour. Je compare les deux facturettes pour en être certain. De nouveau une sensation bizarre, le goût de ce satané sable en bouche. La réalité m’a ironiquement rattrapé assez vite : si j’avais bel et bien acheté les deux mêmes articles, j’avais en revanche payé quelques euros de plus la seconde fois… Qui a dit que l’inflation était un détail ?

Écrit par Somnoleur (http://relais-hasch.blogspot.com/)


Les métaphores alimentaires de l’Oncle Shu

20 avril 2008

Malgré les dires de Booba, IAM n’est pas encore de l’Antiquité. Du moins, les membres du groupe s’évertuent à prouver le contraire. Près de 20 ans après la tape « Concept », Iam est encore là et a sorti un 5ème album en 2007. Si le disque m’avait paru quelque peu déroutant au départ, une écoute un peu plus approfondie avait fini par me convaincre que « Saison 5 » aurait mérité un accueil un peu plus chaleureux à sa sortie. Justement, un des sons les plus décriés de leur dernier album est sûrement Coupe le Cake dont le style a désarçonné plus d’un auditeur. Seulement, en visionnant le clip pour la première fois, une chose me frappe. Il ne s’agit pas des bruitages posés à la place des rimes ou des multiples effets du clip dont le réalisateur a sûrement abusé. Non, ce qui m’alertait était le couplet de Shurik’n et cette phrase dont je n’arrivais pas à me défaire : « Y a Haribo pour le sucré, nous on donne dans l’acide ».

Soudain, je me suis rappelé de certaines discussions que j’avais eu avec un ami. A plusieurs reprises, nous nous étions rendus compte que Shurik’n avait tendance à user de certaines « métaphores alimentaires ». Mais finalement, ces références étaient elles aussi présentes qu’on le pensait ou avions nous surestimé le phénomène ? Je décidai donc de me replonger dans les différentes apparitions de Shurik’n et Dieu sait si elles sont nombreuses. Finalement, il est clair que le rapport de Geoffroy Mussard à la nourriture tourne à l’obsession. Alors, facilité d’écriture ou véritable angoisse à l’idée de pouvoir un jour ne pas manger à sa faim ?

Qu’elles soient discrètes (« Le mangeur d’âmes à chaque repas s’abreuve de nos rancœurs » sur La fin de leur monde ) ou qu’elles soient des éléments marquants des couplets de Shurik’n (« Alors on mangeait pas tous les midis, les pates ou le riz c’étaient les soirs de fête, sinon c’était döner cousin, sauce blanche, sans oignons, 2 cannettes » sur Nos heures de gloire), le rapport à la nourriture, qu’il se manifeste par l’évocation du repas, de simples aliments ou qu’il soit là pour illustrer la misère dans laquelle vit toute une frange de la société française, est toujours extrêmement présent.

Souvent, la nourriture est là pour signifier le contraste entre la France d’en haut et celle d’en bas pour reprendre l’expression consacrée d’un ancien Premier Ministre au faciès de mafieux. Qu’il s’agisse « d’images trop crues pour un beauf devant sa viande trop cuite » (La fin de leur monde) ou des « plus jeunes émerveillés par tant de billets, le genre de gâteau qu’ils ne se lassent pas de goûter » (L’enfer), il s’agit constamment de dénoncer l’abondance dont jouissent certains et les restes laissés aux autres, aux « nôtres » (« On parle de gastronomie, les nôtres crèvent la dalle » sur United). Mais le contraste en question est également culturel comme Shurik’n le souligne sur United lorsqu’il dit « On parle de riz, d’harissa, eux parlent vin et fromage ».

On a le sentiment que ces métaphores agissent comme un déclencheur sur Shurik’n qui peut ensuite laisser son écriture, que d’aucuns qualifieraient de « socialement engagée », s’exprimer pleinement. Qu’il soit en collaboration sur des projets extérieurs à son « clan » marseillais (« Elevés au pain même pas grillé » sur Animalement votre), avec IAM (« Pourquoi lui se gave de saumon sur lit de caviar ? » sur Nés sous la même étoile) ou en solo (« « Les gosses croquent la mort à pleines dents comme dans une barre de Lion, les carries c’est rien, on s’en remet et puis un jour tu mords trop fort et là tu perds ton dentier sur ton pallier » sur Rêves ou « Les personnalités mangent, laissent les miettes et prennent l’argent pour un élixir d’immortalité » sur L.E.F), la récurrence du thème est troublante.

Encore plus édifiant, sur J’attends, il met en scène dans son 3ème couplet un prisonnier qui vit son dernier jour avant d’être exécuté. Et la manière dont il commence son couplet est sans équivoque : « Dernier matin, dernier déjeuner, dernière tartine beurrée ». Là encore, on comprend l’importance de l’alimentation dans l’imagerie de Shurik’n. Pour bien nous faire comprendre à quel point il est important de pouvoir manger sa faim, il insiste sur les dernières bouchées du condamné à mort. Pour celui qui aime « les proses comme les pates al dente » (Oncle Shu), on comprend alors mieux la signification de phrases telles que « pense à ceux qui vivent au foyer avant de grimacer devant ta purée » sur La Lettre.

« De boîtes de conserve en boîtes de conserve » (Rêves), Shurik’n livre des textes souvent désespérés semblant proposer une logique relativement binaire des choses. Il y a « nous » qui sommes dans le besoin permanent et il y a « vous » qui « nous » mettez constamment des bâtons dans les roues et monopolisez tous les avantages. Shurik’n, s’il a sûrement acquis un niveau de vie relativement confortable avec le temps, se sent membre à part entière de la première catégorie. Cela fait-il écho à une enfance difficile dans laquelle Shurik’n aurait dû se priver ? Sûrement si l’on écoute celui qui semble avoir peur de finir « chaque soir finir dans un deux pièces meublés, lassé par le pain quotidien, marre de cette tranche de vie racie » (Y a pas le choix). Ainsi, sa phrase sur La lettre semble confirmer cette hypothèse : « J’étais pas en guenille non plus mais au goûter y avait pas de pépito ».

Cette liste d’exemple n’est même pas exhaustive. En effet, une bonne vingtaine de références du même acabit pourrait encore être mentionnées. Alors, facilité d’écriture ou véritable angoisse à l’idée de pouvoir un jour ne pas manger à sa faim ?

[Merci à danydaz187 et à nos longues discussions]

Écrit par Mehdi (http://sandwichalomelette.blogspot.com/)


L’amie molette

18 avril 2008

C’est un détail comme un autre et molette n’est peut-être pas le mot ad hoc. Qu’importe, l’anecdote révèle un glissement.

Au tournant des années 2000, les radio-K7 et CD de jadis sont passés les uns après les autres à l’ère digitale. Au plan radiophonique, ce changement d’ère eut pour conséquence le passage à la recherche automatique des fréquences. D’une pression sur un bouton, l’auditeur actionnait l’engin, et celui-ci ne s’arrêtait qu’une fois la fréquence trouvée.

L’avantage de cette évolution ? Finis les grésillements et autres voix lointaines ou étouffées qui parasitaient jusqu’alors la bande FM entre deux « vraies » stations – le mot station avait même ici le sens de stationnement, soit une pause sur un parcours… Ne subsistent plus désormais que les fréquences claires et nettes et les programmes qui vont avec. Entre chacune d’elles, le silence de la recherche automatique interrompu au pire par quelques bips. Tel l’agneau de la fable, l’auditeur était ainsi invité à se désaltérer dorénavant dans le seul courant des ondes pures.

Or cette absence de choix pose question. Avec la fin des grésillements et des voix chuchotantes, ce sont toute la surprise et la curiosité des interstices inattendus et des rencontres fortuites qui s’en sont allés. Il n’y aura plus de molettes qui tournent et qui soudain s’arrêtent, plus de « Be kind, rewind » pour revenir tendre l’oreille vers des sons, des voix ou des mots surgis à l’improviste. Il n’y aura plus que des doigts qui impulsent et qui attendent un bon vouloir présélectionné.

De l’école buissonnière au cursus fléché : est-il seulement utile d’en rajouter ?

Écrit par Anthokadi


La patience est-elle toujours recommandée ?

6 avril 2008

Hier, en rentrant du travail, je trouve du courrier dans ma boite aux lettres. Ou plutôt un recommandé. La chose est rare et je n’attends aucune missive précise. Alors qui cherche ainsi à me joindre ? Pour le savoir, je me rends à la Poste.

La file d’attente est dantesque. Deux guichets sur six sont ouverts et les gens piétinent le long de tout le bureau, avançant centimètres par centimètres. Je suis exténué. Toute la semaine je me suis levé avant le soleil et couché avec la Lune. Mais ma curiosité est la plus forte. Alors je patiente.

Soupirs, trépignements, réflexions agacées s’agencent pour construire l’atmosphère de cette attente. Nous sommes en rangées d’oignons, symbolisant presque la métaphore parfaite d’un carnet de timbres postes. Je suis l’un de ceux qui se plaint le moins mais je n’en pense pas moins, jusqu’à ce qu’un livre dans ma poche se rappelle à mon bon souvenir. Je m’y plonge afin de dilater ce morne et pesant espace temps.

Mon tour arrive. A l’aide d’une réflexion bien sentie, la personne devant moi m’informe que nous patientons depuis une heure. Je me présente devant la guichetière, lui épargnant toute réflexion sur le démantèlement du service public. Que peut-elle y faire ? Lorsque je lui remet mon reçu afin de récupérer ce mystérieux recommandé, son visage oscille entre sourire et crispation. En effet, le formulaire indique que mon recommandé ne sera disponible que demain. Je ne l’avais pas vu…

Comme quoi, le détail qui tue, on l’a souvent sous le nez. L’ironie étant qu’en une heure, j’ai avalé plusieurs chapitres d’un livre mais n’ai pas été foutu de lire le bordereau constitué de quelques cases pré-remplies. Aujourd’hui, je retourne à la Poste… avec un baladeur.

Ecrit par zo. (http://zoctet.wordpress.com)