Le groom de la Terreur

21 avril 2008

Depuis quelques semaines, on peut voir dans la presse des photos de la Tour de la Terreur, la nouvelle attraction de Disney Land Paris. Il s’agit d’un bâtiment lugubre à l’intérieur duquel se trouve un ascenseur du genre capricieux : on s’y installe, il monte très haut, et une fois arrivé au sommet, redescend à toute allure.

Dixit Wikipedia : « La Tour de la Terreur est une attraction de Disney basée sur le principe des tours de chute/chute libre mais utilisant la technologie des ascenseurs. A l’opposition des chutes libres classiques (ou « Free fall »), cette attraction est basée sur le système « Hyper drop », ou chute plus rapide que la constante de gravité terrestre.« 

Une horreur.

Pour faire la promo de l’événement, Mickey et Donald ont convié une flopée de célébrités à venir tester le manège : Virginie Efira, José Garcia, Bruno Solo et d’autres. Depuis, la presse people est garnie de photos de starlettes hilares et/ou terrorisées qui se cramponnent aux sièges de l’ascenseur. Le coup de pub est hyper-efficace.

Mais parlons détail : sur toutes les photos, il y a toujours le même type habillé en groom. Il est maquillé pour avoir le teint livide et fait partie intégrante du manège. Ce mec me fascine. Je me demande s’il a été appelé spécifiquement pour ces séances photo, s’il se relaie avec un collègue ou si son emploi du temps quotidien est vraiment de se manger 66 mètres de chute libre en ascenseur. Sur toutes les photos, il garde un air placide et digne, avec un léger sourire et une petite crispation dans le bras. Moi qui déteste les manèges, j’aimerais le connaître : comprendre ce qui l’a attiré vers ce boulot, évoquer les spécificités de son poste, savoir ce qu’il mange à sa pause déjeuner. Si vous le connaissez, transmettez-lui mes respects. C’est définitivement lui la star.

Ecrit par Catharsis

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Le double cauchemar de « L’Antre de la Folie »

11 mars 2008

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Puisque l’on est dans le registre des petites peurs adolescentes, je me rend compte qu’il y a relativement peu de films qui m’ont vraiment terrorisé. Je ne demande que ça pourtant, mais je ne pourrais pas citer énormément de longs-métrages qui ont transformé la distance entre la télé et ma chambre en un parcours de train-fantôme. De tête, il y aurait bien « Les Autres » d’Amenabar. Ou la séquence où les Mogwaïs se transforment en Gremlins dans le classique de Joe Dante. Ou la mort du père de Jacques dans « Le Grand Bleu ». Mais je m’égare.

Ceci dit, il y a un film qui m’a bien terrifié quand j’étais plus jeune, c’est « L’Antre de la Folie » de John Carpenter (1995). L’histoire d’un enquêteur en assurances (Sam Neill) qui part à la recherche de Sutter Cane, un auteur de livres d’épouvantes mystérieusement disparu au moment même où son dernier best-seller semble transformer ses lecteurs en bêtes assoiffées de sang. Incrédule au départ, le héros va plonger dans une spirale entre cauchemar et réalité jusqu’à perdre pied (et la raison) au coeur de l’horreur épidémique crée par Sutter Cane.

Il y a un moment de « L’Antre de la Folie » que je me force à anticiper à chaque fois que je revois le film car à l’époque, il m’avait vraiment foutu les boules. C’est un truc tout bête : le héros est chez lui, un peu crevé. Son enquête débute à peine, il parcourt les pages des livres de Sutter Cane et finit par s’assoupir. Coup classique du cinéma d’épouvante : il fait un cauchemar. Seul dans une ruelle, on le voit surprendre un flic quasi-zombie qui passe à tabac un pauvre type. Les images gores strillent l’écran et juste avant de se faire massacrer à la hache, le héros se réveille en sursaut sur son canapé. Ouf, on respire. Retour à la réalité ? Sam Neill se retourne et là BOUM ! Il se retrouve nez à nez avec le flic sanglant du cauchemar, assis à côté de lui. Nouveau sursaut, et Sam Neill sort enfin de son mauvais rêve.

J’ai toujours adoré cette scène car elle donne le « la » de tout ce que va subir le héros de « l’Antre de la Folie » jusqu’à la fin du film. A partir de cet instant, le spectateur est averti : de la lucidité à la folie complète, le pas a été franchi. Quelque part, je me dis que John Carpenter aurait très bien pu bloquer son film sur cette scène, et faire tourner ce procédé en boucle jusqu’au générique de fin. Imaginez : cauchemar, réveil, hurlement, réveil, hurlement, réveil, hurlement, réveil, hurlement, générique. En plus, je suis sûr que je serais tombé dans le panneau à chaque fois.

Ecrit par Catharsis


Le jour où je suis devenu fan d’EMPIRE

15 février 2008

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La première fois que j’ai acheté EMPIRE, magazine cinéma britannique, c’était à l’occasion des 25 ans de la Trilogie Indiana Jones. Le mensuel s’était paré de trois couvertures différentes, à l’image de chaque épisode de la série. J’avais acheté – pour 8 € ! – celle sur le Temple Maudit. Déjà à ce moment-là, les journalistes d’EMPIRE avaient eu toute ma sympathie, et je sais depuis qu’ils sont foncièrement des mecs biens : à intervalle régulier (presque un mois sur deux), ils trouvent l’anniversaire d’un gros classique à fêter, et se fendent d’un énorme dossier hyper-consistant, avec photos inédites, témoignages exclusifs et packaging alléchant. Une vraie démarche de fan, à la limite du fétichisme (juillet 2007 : « Star Wars, 30 years, 30 covers« ), doublée d’une rigueur et d’une audace éditoriale tout à fait remarquable. Pendant ce temps, en France, PREMIERE – le magazine de mon coeur – s’enlise dans les sables avec des changements de maquettes schizophrènes et des plus-produits douteux (sérieusement, qui achèterait PREMIERE pour une casquette Von Dutch vert fluo ?).J’étais client d’EMPIRE depuis quelques mois, mais je suis devenu fan lors du numéro de février 2008. Pourtant, la couverture était moche : un montage maladroit des grosses sorties de l’année, où Indiana Jones, Batman, Rambo, Wall-E et Harry Potter cohabitaient difficilement au milieu d’une fumée multicolores bizarre.

A l’intérieur, il m’a suffi d’un seul paragraphe du magazine pour décréter que, dorénavant, je lirais religieusement EMPIRE tous les mois. Ca se passe dans la première colonne de leur article sur le prochain épisode… d’Indiana Jones. Le deuxième paragraphe, plus exactement, juste après le témoignage du comédien Ray Winston, encore tout étonné d’avoir participé au quatrième épisode de la cultissime franchise :

« If you don’t share Winstone’s excitement about Indiana Jones and the Kingdom Of The Crystall Skull, then just peruse the images over the following four pages. If the sight of Harrison Ford in leather jacket, khaki kecks and battered fedora looking at some new danger doesn’t fill your heart with joy, then you are officially banned from buying this magazine. Put it down. Leave now. We don’t want you here. Fuck off to Home & Gardens. »

Yesssss !

Dans la foulée, j’ai allumé un cierge pour l’auteur de l’article. Ce mélange d’enthousiasme et de culot – surtout à une époque où la presse écrite se casse la gueule – m’a définitivement conquis. Je met au défi les journalistes de PREMIERE d’en faire autant dans un prochain numéro (I see you Mathieu Carratier). Ce serait un peu plus drôle que d’apprendre que le mensuel va « vibrer plus glam » en 2008, comme le dit avec désespoir la rédac’ chef dans son dernier éditorial. Quitte à voir le magazine mourir, autant le tuer avec panache.


Nicholas Van Orton must die.

7 janvier 2008

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[Avertissement : cet article dévoile la fin du film « The Game » (David Fincher, 1997). Ne le lisez pas si vous ne l’avez jamais vu, vous risqueriez de me détester.]

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Bien vu : l’accroche de « Alien VS Predator – Requiem »

3 janvier 2008

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‘In da club’ ou l’art du faux départ

23 décembre 2007

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Depuis quelques années, l’un des gimmicks récurrents du rap américain est d’ouvrir les gros singles par une courte intro cinématographique, une rapide orchestration un peu ronflante qui emmène l’auditeur sur une fausse piste avant de lancer par contraste le véritable commencement du morceau. Cette idée a été énormément exploitée par des producteurs comme Scott Storch, J.R. Rotem ou Eminem, trois musiciens qui entretiennent chacun à leur manière une filiation artistique directe avec le géant Dr. Dre. Un Dr. Dre qui, quelque part, a la paternité de cet effet de style, puisqu’en 1999, son album « Chronic 2001 » s’ouvrait avec la fameuse « deep note », la signature sonore de la technologie THX développée par la société de Georges Lucas.

En guise d’exemples, on peut entendre ces « intros cinématographiques » dans des titres comme ‘Candy Shop’ (50 Cent), ‘The Cross’ (Nas) ou plus récemment ‘Take it to the top’ (Freeway ft. 50 Cent).

Bizarrement, il existe un morceau dans lequel cet effet n’est pas utilisé, et c’est d’autant plus paradoxal que ce titre constitue à de nombreux égards l’archétype du gros single : ‘In da club’, titre déclencheur de l’explosion de 50 Cent en 2003.

‘In da club’ n’a pas d’intro, pas d’appui. Il ne commence pas. Si l’on décortique les toutes premières secondes du morceau, on remarque que la rythmique démarre à contre-temps, sur un pied de batterie en légère avance sur le temps fort (je laisse le soin à notre lecteur-batteur Glorb de me dire le terme exact !). La réussite est totale : l’auditeur est directement projeté dans le vif du sujet, comme si l’instrumental rutilant de Dr. Dre (encore lui) venait submerger les programmations radio, les playlists winamp et les clubs partout sur Terre. Ca tombe bien : c’est exactement ce qui est arrivé à l’époque où le morceau est sorti. Curtis « 50 Cent » Jackson est alors devenu l’une des icônes pop incontournables de la décennie. Une non-introduction tellement puissante qu’à ce jour, et malgré ses efforts louables, Fifty n’a jamais vraiment pu réussir à capturer une deuxième fois un instant de la même force.


Lisa, on s’écrira…

13 décembre 2007

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Il y a une limite à ce blog : celle de nous forcer à surligner des choses qui, au fond, appartiennent au domaine du ressenti pur. Et leur faire perdre leur magie.

Prenez le morceau ‘Lisa’ d’Alain Souchon. C’est le titre qui clôt « La Vie Théodore », album court et un peu mélancolique comme sait les faire la tignasse la plus improbable de la chanson française. Autour de rimes toutes simples, ‘Lisa’ montre deux amoureux d’un été à l’heure de la fin des vacances. Ils sont à la pizzeria du camping, ils n’ont plus grand chose à se dire alors Souchon fait dans la strophe enfantine (« Lisa, Lisa, Lisa, fais pas ta Mona-Lisa / Pleure pas sur ta pizza parce que j’ai fait ma valisa« ). Il est tout calme, avec son air de toujours flotter dans le réel… Et puis, du bout des lèvres :

« Lisa, on s’écrira… Puis on s’écrira pas. Lisa, on s’oubliera. Ainsi va la vie Lisa. »

Je trouve absolument sublime l’idée d’introduire cette froide lucidité dans une situation où, généralement, les voeux pieux et les belles promesses seraient de mise. Et puis il y a dans cette phrase un détail d’une cruauté implacable : celui de faire dire au garçon « Puis on s’écrira pas » au lieu de « Puis on s’écrira plus« . Bien sûr, ça rime, mais ça donne surtout l’impression que la fatalité va effacer leur amourette aussitôt que la voiture démarrera pour repartir vers le mois de septembre. On imagine presque l’électrocardiogramme de leurs sentiments qui, d’une seconde à l’autre, va s’aplatir. Ainsi, le choix d’une simple syllabe (« on s’écrira pas« ) transforme cette petite saynète, judicieusement placée en fin de disque, en quelque chose de beaucoup plus sombre et profond. Dans une autre de ses chansons, Souchon parlait des « coups de pied du jour le jour« . Dans ‘Lisa’, il évoque les premières gifles du temps qui passe.

Mais j’en ai déjà trop dit. Ne lisez pas, écoutez plutôt :