Compenser sa mauvaise mémoire

Lorsque je travaillais dans une agence de communication, mon directeur avait une particularité : il n’avait pas de mémoire. Je ne saurais pas déterminer si c’était par manque d’attention, par flemmardise ou par un mélange de deux, mais cette absence de mémoire était poussée à l’extrême. En plus d’oublier ses rendez-vous, les délais de rendu et tout contrainte technique, il ne reconnaissait personne. En se rendant à une énième réunion chez une cliente, il était capable de croiser une femme quelconque dans l’ascenseur, de la confondre avec ladite cliente, et de commencer à lui parler du projet en cours.

Malgré ce défaut un peu embarrassant, il était doué pour séduire les gens, les faire rire et leur faire signer des contrats. Je ne comprenais pas comment c’était possible, jusqu’à ce que je l’accompagne sur un salon. Il m’a alors confié son secret. Quand il rencontrait une personne qui pouvait lui être utile, il s’échinait à retenir un détail que cette personne lui confiait ; le métier de son épouse, une anecdote de voyages, la date du mariage de son fils, une caractéristique de son produit, etc.

Je ne crois pas me tromper en affirmant qu’il choisissait toujours de mémoriser un détail a priori insignifiant. Les quelques fois où je l’ai vu ressortir ces détails, l’effet a été stupéfiant. Extrêmement flattées que mon directeur se souvienne d’un tel détail, les personnes concernées transposaient cette émotion positive vers celui qui en était à l’origine, et lui faisaient dès lors une confiance absolue.

Je crois que j’ignore beaucoup de choses sur la psychologie humaine.

[…]

À propos des difficultés à reconnaître les gens, je vous conseille de lire cet article du Figaro, dans lequel Bernard Pivot exprime son seul regret : sa mémoire défaillante.

Extrait : « Depuis une quinzaine d’années, je préviens les personnes que je rencontre que je ne les reconnaîtrai pas quand je les reverrai. Cela m’a donné mauvaise réputation. On croit que c’est du dédain, de l’orgueil. « 

Écrit par Rémi

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7 Responses to Compenser sa mauvaise mémoire

  1. Lartiz' dit :

    il tue ce billet !!

    déjà parce qu’il me semble que t’as oublié un mot (« manque d' »attention, non ?), que ca mot c’est « manque », et que le truc que tu racontes me poiles bien (je visualise un patron completement farfelu genre columbo).

    Sinon, j’ai rencontré un autre mec qui oublie un mot une fois sur deux dans sews messages c’est egalement impressionnant de regularité et toujours un mot spécial (lui, c’est les mots qui sont partiue prenant ed’expressions, genre « quoi qu’il (en) soit ».

    Impressioné par ta productivité actuelle en tout cas.

  2. Rémi dit :

    Merci pour le mot manquant. J’ai bien relu le billet avant de le publier (en rajoutant les mots que j’avais oublié !), puis j’ai fait un modification de dernière minute… et c’était justement la phrase où il manquait « manque » !

    Mon patron était pas vraiment farfelu, même si cette particularité transformait le quotidien en un parcours de maison-hantée : une frayeur toutes les minutes !

    Pour la productivité récente, j’ai un mot d’excuse pour les trois derniers billets. Ils sont repompés d’un ancien blog mort-né sur le thème de la mémoire : http://troublememoire.blogspot.com/

  3. SOMNO dit :

    Je te conseille, même si je pense que c’est déjà lu, la lecture d’une nouvelle de Borgès figurant dans ses « Ficciones » : « Funès ou la mémoire » (Funès el memorioso). C’est d’ailleurs l’un de ses thèmes de prédilection.

    Et tout le recueil BUTE pour peu qu’on ait ou qu’on aille chercher les clés nécessaires pour saisir tous les enjeux sous-tendus (et ça foisonne). C’est juste génialement énorme.

  4. Rémi dit :

    J’ai lu « Fictions ». Étrangement, je n’ai qu’un lointain souvenir de la nouvelle dont tu parles.

    J’ai beaucoup aimé ce recueil, même si je l’ai trouvé un peu ardu, et avec une impression de work-in-progress, comme s’il balançait des idées (pour certaines, incroyables) sans les développer. Je n’ai absolument aucune idée des enjeux que tu évoques, mais je dois dire que j’ai rarement envie de trouver ailleurs des clés pour comprendre une oeuvre.

  5. SOMNO dit :

    C’est toute la prétention de Borgès qui partage ça avec Julio Cortázar (le très court mais fulgurant « Continuidad de los parques » oppose le lecteur passif à l’actif, au sens sexuel du terme et il met à mort le premier d’ailleurs). J’avais absolument pas les clés pour cette 1ère lecture mais c’est un des très rares cycles de fac qui fait que ça a valu la peine que je me coltine mes études post-lycée. Avec un prof génialement imbu de sa person,ne. Mais quand même « génial », et ça a fait toute la différence.

    Pour info, l’édition Folio / Poche de Fictions est complétée par des compléments de lecture qui aident à capter une partie de ces enjeux.

  6. Rémi dit :

    Je comprends bien cette ambition d’écrivain, mais je ne suis pas assez littéraire pour ça : en tant que lecteur, je connais aujourd’hui mes limites, en terme de références et d’érudition. Borgès, c’est juste à la limite : parfois ça me parle immédiatement (cf. la nouvelle sur la bibliothèque ), parfois ça me passe au-dessus.

  7. Reivax dit :

    Une prof de philo nous avait filé la nouvelle sur la bibliothèque de Babel quand j’étais au lycée et ça m’était passé complètement au dessus de la tête. Je suis retombé dessus y’a quelques semaines en creusant dans mes archives pour préparer un cours de culture générale, et ça m’a bien retourné quand je l’ai relu. Par contre, au niveau purement littéraire, j’ai pas ressenti d’effet « séduction » qui m’a fait accroché à autre chose qu’au concept…

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