Lisa, on s’écrira…

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Il y a une limite à ce blog : celle de nous forcer à surligner des choses qui, au fond, appartiennent au domaine du ressenti pur. Et leur faire perdre leur magie.

Prenez le morceau ‘Lisa’ d’Alain Souchon. C’est le titre qui clôt « La Vie Théodore », album court et un peu mélancolique comme sait les faire la tignasse la plus improbable de la chanson française. Autour de rimes toutes simples, ‘Lisa’ montre deux amoureux d’un été à l’heure de la fin des vacances. Ils sont à la pizzeria du camping, ils n’ont plus grand chose à se dire alors Souchon fait dans la strophe enfantine (« Lisa, Lisa, Lisa, fais pas ta Mona-Lisa / Pleure pas sur ta pizza parce que j’ai fait ma valisa« ). Il est tout calme, avec son air de toujours flotter dans le réel… Et puis, du bout des lèvres :

« Lisa, on s’écrira… Puis on s’écrira pas. Lisa, on s’oubliera. Ainsi va la vie Lisa. »

Je trouve absolument sublime l’idée d’introduire cette froide lucidité dans une situation où, généralement, les voeux pieux et les belles promesses seraient de mise. Et puis il y a dans cette phrase un détail d’une cruauté implacable : celui de faire dire au garçon « Puis on s’écrira pas » au lieu de « Puis on s’écrira plus« . Bien sûr, ça rime, mais ça donne surtout l’impression que la fatalité va effacer leur amourette aussitôt que la voiture démarrera pour repartir vers le mois de septembre. On imagine presque l’électrocardiogramme de leurs sentiments qui, d’une seconde à l’autre, va s’aplatir. Ainsi, le choix d’une simple syllabe (« on s’écrira pas« ) transforme cette petite saynète, judicieusement placée en fin de disque, en quelque chose de beaucoup plus sombre et profond. Dans une autre de ses chansons, Souchon parlait des « coups de pied du jour le jour« . Dans ‘Lisa’, il évoque les premières gifles du temps qui passe.

Mais j’en ai déjà trop dit. Ne lisez pas, écoutez plutôt :

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3 Responses to Lisa, on s’écrira…

  1. Rémi dit :

    J’ai rapidement compris que ce blog allait provoquer de fréquents voyages dans le temps, direction les souvenirs de mon enfance… mais je ne pensais pas que ça serait en lisant tes billets. Ni que ça serait si « sombre » et si « profond » (guillemets parce que citation du billet).

    Tu veux pas reparler de contes de fées ? C’était moins dur à encaisser…

  2. Catharsis dit :

    J’sais pas si je dois mettre un smiley ou te taper sur l’épaule en te disant « ainsi va la vie Rémi ».

    Allez, pour oublier, prochain billet sur 50 Cent. OK ?

  3. […] Pendant qu’Elliott Wilson poste un message par heure pendant une journée sur XXLmag.com (lisez-les, ça défonce), je fais encore plus fou : poster un message par semaine sur Aznavour, Dreyf et moi. Vous m’en voudrez pas, mais j’ai eu un peu de mal à trouver le temps d’écrire cette semaine. En plus, conformément à mes bonnes résolutions 2008, je ne parlerai plus que de notre album, donc je vais garder mes éloges de la chanson française pour d’autres. […]

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