Le premier battement de coeur

25 décembre 2012

Depuis quelques semaines, je suis le propriétaire d’un téléphone intelligent. D’un smartphone. Avant, je n’ai eu que des téléphones portables simples, ceux qui permettent surtout de téléphoner.

Mais là, je passe à la catégorie supérieure. Je mets le pied dans un monde plein de promesses. Dans ma main, je détiens un potentiel immense. Je peux, si je le veux, accéder à n’importe quelle information. Un pas de plus vers Dieu, grâce une technologie folle et invisible.

C’est fabuleux. Et pourtant, ce qui m’a le plus marqué dans ce téléphone n’a rien d’aussi grandiloquent. C’est un détail, un micro-ressenti, un effleurement de sensation, qui a disparu avant même que je me rende compte qu’elle était là.

La première fois que j’ai pris le téléphone dans ma main, j’ai caressé l’écran. J’ai bien aimé la sensation. Puis, d’instinct, mon pouce a pressé ce qui ressemblait au bouton de démarrage. Rien ne s’est passé. J’ai pressé un peu plus fort, un peu plus longtemps. J’ai attendu. J’ai senti une vibration. Puis l’écran s’est allumé, et toute mon attention s’est focalisée sur le trésor de technologie qui s’offrait à moi.

Depuis, doucement, j’apprends à évoluer dans cet univers complexe et sans fin. Mon quotidien intègre ce changement sans broncher, ça parait normal d’avoir cette objet incroyable à disposition. La magie disparait peu à peu. Sauf à un moment. Quand je l’allume. A chaque fois, je l’oublie. A chaque fois, je suis surpris par la vibration de démarrage. Et à chaque fois, je me rappelle de la première fois que j’ai senti cette vibration. Et que ma réaction naturelle a été un soulagement : il est vivant. Dans ma main, cette unique vibration a sonné comme le premier battement de coeur d’un petit être qui ne respirait plus.

Je me rends bien compte que la puissance émotionnelle de ce détail ne vient pas de la vibration, mais de l’interprétation que mon corps et mon cerveau en ont fait. Mais ça n’enlève rien : ce sentiment-là, il écrase toutes les promesses du monde.


Fin du blog

23 novembre 2008

Ce blog aura connu des débuts tâtonnants, une montée sympathique et un essoufflement incontestable. Il est temps d’en finir.

Le premier article d’un autre blog contenait cette phrase : « L’objectif secondaire de ce blog est plus personnel. Je suis curieux de découvrir la vie d’un blog de l’intérieur. Comment il naît, comment il vit, comment il meurt.« 

Je peux désormais témoigner. Rétrospective.

La naissance

Au début, il y a une idée : parler des détails qui m’obsèdent. Mais il y a aussi une intuition : c’est  une obsession difficile à partager.

Jusqu’au jour où je parle d’un de ces détails à Catharsis, et lui confie l’idée de faire un blog uniquement axé sur des détails. Il est emballé, et son emballement me pousse à lancer ce blog avec lui.

Je ne suis pas seul dans cette aventure, et ça me rassure.

La vie

Après quelques essais laborieux de mon côté, Catharsis publie son premier article, qui me ravit. C’est exactement l’idée que je me faisais d’un article sur ce blog. Génial, d’autant que les coups suivants sont dans la même veine. Rapidement, il confesse toutefois qu' »il y a une limite à ce blog : celle de nous forcer à surligner des choses qui, au fond, appartiennent au domaine du ressenti pur. Et leur faire perdre leur magie. » Touché.

Pour ma part, un déclic s’opère avec le récit d’un concert. Avant ce blog, j’avais arrêté d’écrire régulièrement, parce que c’était devenu laborieux ; c’est donc un plaisir de retrouver… le plaisir d’écrire. En regardant en arrière, je me rends compte que le ver est déjà dans le fruit : le détail évoqué n’est qu’un prétexte à raconter autre chose.

Rapidement, les idées fusent, et j’ai du mal à toutes les mettre en mots. Phénomène marrant, c’est parfois en décrivant le détail que j’y découvre/insère du sens – exemple flagrant avec l’article sur Shawn Kemp. Arrive une petite déception : mon interrogation sur une phrase de Mohammed Ali ne trouve pas de réponse. Le blog est lu, reçoit quelques commentaires, mais il ne déchaîne pas les foules. Marrant de découvrir comment ça joue sur la motivation…

Les mois de janvier et février s’enchaînent sans sursaut. Les articles continuent de respecter la ligne définie au départ, et cette contrainte limite plus qu’elle ne libère la plume. Le rythme ralentit.

Puis c’est l’explosion, déclenchée par Yacine_. Au-delà de la qualité son article et des réactions qu’il suscite, c’est une petite fierté pour moi que de le convaincre de publier quelque chose, après l’avoir longtemps sollicité pour un autre site.

Difficile de citer tous les articles marquants, mais on note, en vrac :

La meilleure illustration de cette dérive est probablement mon explication sur le jeu de la sardine. Si c’est l’article dont je suis le plus satisfait, je dois admettre aujourd’hui qu’il sort complètement de la ligne directrice du blog.

Lorsque j’essaye de me recentrer sur ce qui m’a donné envie de créer ce blog, en parlant de deux microdétails musicaux, c’est un échec. Ce que j’écris n’est pas à la hauteur de ce que j’entends. La subjectivité a ses limites, notamment lorsqu’il s’agit de la partager.

Le mois d’avril est aussi fourni que le précédent. Et si j’y contribue fortement, notamment en piochant dans mon thème favori, cette période est surtout caractérisée par de nombreuses apparitions d’invités.  Patience injustifiée, radio-nostalgie, obsession alimentaire, ponctualité paranoïaque, smiley touchant, bribe de séduction : la variété des sujets aura été un joli vent de fraîcheur.

Pourtant, le blog subit un net ralentissement juste après. Pourquoi ? Je ne sais pas. L’inspiration est toujours là, mais la forme n’est peut-être pas la bonne… Du coup, les dernières tentatives s’espacent, et sentent la défaite, ou le découragement.

La mort

Chers lecteurs, je vous remercie de l’attention que vous avez porté à tous ces articles. L’expérience a été enrichissante à bien des niveaux.

Soufflons ensemble cette première bougie d’anniversaire, et laissons ce blog en paix, dans le noir.


L’angle du pli

5 novembre 2008

Je lis souvent dans le métro. Et lorsque je tombe sur un passage que je veux noter plus tard, la méthode la plus simple pour moi est de plier un coin de la page.

Seul problème : quand, à la fin du livre, je parcours les pages à la recherche des coins pliés, ça me prend parfois du temps de retrouver ce qui m’avait frappé à la lecture.

J’ai trouvé une solution. Je plie le coin de la page de sorte que la pointe indique où se trouve la phrase à noter.

[…]

Voilà, voilà…


Enfermée dehors

12 juillet 2008

« J’ai beaucoup appris sur l’être humain, sur moi-même, sur l’importance des détails, l’importance de certaines attitudes, l’importance de la communication, d’utiliser les mots corrects pour transmettre les sentiments corrects.« 

Ingrid Betancourt, le 4 juillet 2008.

Écrit par Rémi


Je ne suis pas seul

11 juillet 2008

Le blog Techcunch s’intéresse à un carré de 10 pixels de large.

PS : même si j’avais effectivement remarqué ce détail, non, ce n’est pas moi le lecteur à l’œil affiné !

Écrit par Rémi


L’invincible armada

10 juillet 2008

Si l’intitulé-même de ce blog souligne l’importance des détails (pluriel), chaque billet s’attelle souvent à mettre en avant un détail (singulier). Pourtant, c’est une armada de détails qui fait parfois la différence, sans que l’on puisse extraire un détail en particulier.

Cette réflexion a pointé son nez lors de la lecture de « The winner within », essai autobiographique écrit par Pat Riley, entraîneur mythique de basket-ball américain. Parmi les clés de sa réussite à la tête des Los Angeles Lakers, il raconte la mise en place d’un système d’analyse des actions des joueurs, bien plus précis que les statistiques habituelles (points, rebonds, passes décisives, interceptions, etc.). Pour cela, il avait défini une liste des gestes à encourager ; par exemple, aller au rebond à chaque tir ou aider un coéquipier qui s’est fait déborder en défense. En mesurant chacun de ces détails, dans leur intention plus que dans leur résultat, Pat Riley faisait prendre conscience à ses joueurs de l’importance des petits gestes invisibles, qui n’apportent aucune gloire individuelle mais qui, mis bout-à-bout, mènent à la victoire.

J’ai récemment pu mettre en application cette approche, lors d’une partie de Risk 2210.

Risk est un jeu de société. Sur une carte du monde, les joueurs sont à la tête d’armées et doivent atteindre un objectif secret. Pour cela, ils définissent des stratégies d’attaques – qui se jouent aux dés – ou d’alliances – qui se jouent des amitiés. Méprisé par les puristes pour la place trop grande qu’il accorde au hasard, Risk demeure le jeu de stratégie le plus populaire, au point d’avoir engendré de nombreuses déclinaisons. Ces déclinaisons conservent le principe de base (conquérir les territoires adverses) mais font évoluer les règles, la carte et les pions.

Risk 2210 est une de ces déclinaisons, tendance futuriste. On joue toujours sur une carte du monde, mais il est désormais possible d’envahir les mers, d’aller sur la lune ou de déclencher des attaques nucléaires ! Rajoutez à ça des cartes aux pouvoirs spéciaux, une monnaie d’échange, davantage de dés et un système de paris pour déterminer l’ordre des joueurs à chaque tour, et vous obtenez un jeu qui rend impossible toute stratégie à long terme.

Grisantes au départ, ces mille possibilités offertes à chaque tour se transforment en une sensation assez frustrante de ne rien contrôler, tant que l’on reste dans une logique de stratégie à long terme. Pourtant, dès lors que l’on renonce à tout prévoir à l’avance, on découvre une autre manière de jouer, radicalement différente mais non moins intéressante : sauter sur les opportunités qui se présentent pour multiplier les micro-actions bénéfiques. On en revient à cette histoire d’armada de détails. Dans le lot, il est sûr que des tactiques vont tomber à l’eau, que des attaques vont se heurter à un mur, que des imprévus vont survenir ; mais au final, peut-être que la défaite adverse ne tiendra qu’à un fil, et que c’est le petit déplacement de la ligne de défense effectué trois tours plus tôt qui sera décisif. Et plus le nombre de ces actions est grand, plus les probabilités de victoire sont élevées, au point de transformer cette somme de détails invisibles en une invincible armada.

[…]

Le lien entre basket et stratégie de guerre ne vous parait pas évident ? Je comprends. La dernière fois que j’ai tenté ce parallèle, c’était pour enseigner à des benjamins comment appliquer les principes de « L’art de la guerre » de Sun-Zi dans un match de basket. Je ne les avais pas senti très réceptifs. Ce premier entrainement a aussi été la fin de ma carrière d’entraineur.


Hommage : le retour

9 juillet 2008

Souvenez-vous, il y a un mois, je vous parlais du blog de 37signals, que j’affectionnais particulièrement.

On aurait pu croire que ce petit billet passerait inaperçu. On se serait alors trompé. En voici la preuve.

Jason Fried, fondateur de 37signals, a récemment participé à une conférence. Dans l’audience était présent Mike Rohde, qui a la particularité de prendre des notes très visuelles. Voici une des pages consacrées à l’intervention de Jason Fried.

Merci Jason.

Écrit par Rémi


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.